Peinture et photographie se seraient moins opposées si l’on n’avait pas réduit l’histoire de la photographie à celle de son évolution technique. Sa compréhension fut cependant d’autant plus complexe qu’elle représenta la première pratique faisant intervenir d’une manière indissociable technique et vision en un temps où tout avait conduit à les opposer jusqu’à considérer le « fait-main » comme la qualité supérieure de l’œuvre d’art !

Toutes les photographies ne sont pas, a priori, des œuvres d’art, mais en va-t-il autrement au niveau du dessin et de la gravure ? Le deviennent celles qui permettent de figurer des systèmes relationnels transcendant l’expérience commune et renvoyant à une manière de voir signifiante. Dans celles-ci, la technique se trouve « qualifiée » par l’œil et l’esprit, l’épreuve mécaniquement photogérée devient dessin et dessein. À partir de telles prémisses, l’histoire de la photographie peut s’inscrire dans l’histoire de la vision, devenir une composante de l’histoire de l’art…

La découverte d’un nouveau moyen d’expression n’est jamais la conséquence inévitable d’un progrès scientifique, mais répond à des besoins différents qu’elle élargit ou déplace en même temps qu’elle les réalise. Or, dès les débuts de la Renaissance, l’homme a privilégié le sens de la vue au détriment des autres moyens de perception, jusqu’à en faire l’étalon universel de mesure. Fonder l’œil en modèle de connaissance permettait à l’individu de ramener l’infini du monde à son échelle ; pour y parvenir, il élabora la perspective artificialis dans la définition de laquelle la camera obscura joua un rôle déterminant. On utilisa cependant plus souvent la précision de ses informations comme moyen pour suggérer l’illusion que comme finalité, jusqu’à ce que l’avènement de la démocratie en 1789 condamne les évidences fondées sur des présupposés religieux ou moraux, pour privilégier l’expérience directe du monde. Dans ce contexte, l’information visuelle apportée